Promenade nocturne

Cela fait presque trois mois que j’ai laissé dépérir ce blog et je m’en veux un peu. Il s’en est passé des choses entre temps, et je vais essayer de rattraper tout ça. Début novembre, il ne faisait pas encore particulièrement froid à Prague, mais le jour commençait à tomber assez tôt : c’était donc l’occasion parfaite pour se balader le soir, sans qu’il ne soit trop tard ou qu’on se pèle les miches.

J’ai donc fait un petit tour du côté du château une fois la nuit tombée. La journée, il y a toujours une foule de visiteurs plus ou moins abondante selon les jours de la semaine, mais le soir il n’y avait quasiment personne. Entre le vide et le noir, l’endroit paraît encore plus impressionnant qu’en plein jour : j’avais vraiment l’impression que les hauteurs s’étiraient sans plus finir.

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Le glacial Křivoklát

Aujourd’hui cela fait un mois que j’ai quitté la France. Un mois passé sans quitté l’enceinte de Prague. Mais aujourd’hui, il est temps de se séparer un peu de la belle capitale pour un petit village pas très loin de là appelé Křivoklát. La sortie est organisée par les responsables du Séminaire historique franco-tchèque auquel je suis inscrite, parce que ce (minuscule) village se trouve au beau milieu d’une zone forestière qui était autrefois le domaine de chasse des rois de Bohême, où fut construit un château au XIIIème siècle.

Pour y aller à partir de Prague, il faut prendre deux trains. L’un de nos responsables nous a expliqué que le réseau ferroviaire est vraiment bien développé en République Tchèque car au XIXème siècle la Bohême était la région la plus industrialisée d’Europe Centrale. Si le premier train ressemble de près aux TER français, le deuxième est un peu plus folklo. C’est un train à essence d’à peine deux petits wagons jaunes couverts de terre. Il ne va pas bien vite et fait un bruit d’enfer, mais je reste scotchée à la fenêtre pour regarder le paysage défiler. On se croirait presque dans les Alpes, ils y a des collines recouvertes de forêts tout autour et les quelques maisons qu’on aperçoit ressemblent à des chalets miniatures ou des cabanes en rondins. Même les gares sont minuscules, comme sorties du milieu du XXème siècle, et le train fait même une halte au milieu de nulle part où une sorte d’arrêt de bus fait office d’arrêt au cœur de la forêt.

Il nous aura fallu un peu plus d’une heure pour arriver à la gare de Křivoklát, mais il faut encore marcher quelques kilomètres pour arriver jusqu’au château. Le paysage est magnifiquement paré des couleurs de l’automne et après avoir longé la voie de chemin de fer pendant quelques minutes on grimpe en haut d’une colline d’où on a une très jolie vue sur la vallée, et on peut même y voir un petit village en contre-bas avec une usine.

Après une petite marche dans les bois, on aperçoit enfin le château sur son perchoir, et il ne nous reste plus qu’à redescendre notre colline pour y arriver.

La visite commence à midi et nous sommes les seuls visiteurs dans ce lieu calme. La cour principale est absolument magnifique mais il y fait quand même franchement froid et on a tous hâte de rentrer dans le château. Mais évidemment il n’est pas chauffé, et il est encore plus glacial que l’extérieur et il ne nous reste plus qu’à garder les mains bien au chaud dans les poches. La visite guidée est en tchèque mais nos responsables nous font la traduction en français, et c’est plutôt sympa de voir leurs réactions en écoutant notre guide alors qu’on n’a pas la moindre idée de ce qu’elle dit et de devoir attendre avant de savoir ce qui a pu causer ce sourire amusée ou cette moue d’aversion. La visite commence par la prison et la salle de torture dans lesquelles les histoires sordides se multiplient et nous continuons la visite dans la chapelle gothique, la salle royale et la bibliothèque pour terminer dans la cave où était stockée la bière en été pour la garder au frais – et on comprend bien pourquoi quand on sent le froid qu’il fait là-dessous.

Une fois la visite terminée, c’est glacés jusqu’aux os et affamés qu’on se réfugie dans un restaurant à la déco digne des pièces du manoir du Cluedo en attendant notre train. Un bus nous récupère pour nous ramener à la gare, et j’ai l’impression de piquer du nez tout le long du trajet de retour. Cependant j’ai pu voir qu’il y a pas mal de circuits de randonnée autour de Křivoklát, ce qui n’est pas étonnant vu l’environnement magnifique dans lequel il se trouve, et je pense que ça peut être pas mal d’y retourner un week-end.

Petřín automnale

Il est 14 heures 10, le prof d’Histoire comparative nous lâche et je sors de l’Université le ventre vide mais la tête pleine. J’ai pas trop envie de rentrer chez moi pour bosser, et je commence un peu à en avoir marre des rues bondées de touristes malgré le fait qu’on soit presque fin octobre. J’ai envie de m’éloigner de la foule, d’être dans un endroit calme mais worth it, seule avec moi-même. Et en face de la fac, elle me fait de grands signes, cette belle colline aux couleurs automnales. Je me rappelle avoir lu de jolis avis sur la colline de Petřín, et surtout certains commentaires ajoutant que c’est un endroit qui ne regorge pas de touristes comme le centre-ville.

Avant de me lancer je passe quand même dans la boulangerie à côté de la fac, faut dire qu’à 14 heures passées j’ai sacrément la dalle, et je jette mon dévolu sur une pizza jambon-ananas parce que j’ai peur de rien #yolo. Pizza en main, je traverse le pont Charles en slalomant entre les touristes et m’arrête juste quelques minutes pour écouter un groupe de sexagénaires jouer avec des instruments de récup. Mais y’a trop de monde ici, j’étouffe un peu et je descends du pont en prenant des escaliers sur la gauche, m’extirpant de la foule qui continue son droit chemin. J’arrive sur une petite place avec une jolie allée d’arbres. Il y a encore du monde, mais quand même nettement moins que sur le pont.

Je m’aventure un peu plus loin, je sais pas trop où je suis exactement mais j’aime bien ça. Y’a un parc au bout de la place, juste au bord de la Vltava, qui me semble sympa. Je suis accueillie par des petites figurines fabriquées avec des marrons, posées sur un banc et me saluant gaiement. Plus loin il y a même des pingouins jaune canari qui font la queue sur les quais, et des bébés géants au visage estampé d’un code-barres. J’aime bien ces trucs un peu perchés mais autour de moi les autres visiteurs n’arrêtent pas de se prendre en photo devant les bébés ou même en montant sur leur dos – et je peux pas m’empêcher de me demander pourquoi les gens se sentent obligés de toujours se photographier devant les jolies choses.

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En sortant du parc je suis enfin seule et juste derrière la rangée de bâtiments qui me fait face je peux voir la colline. En cinq minutes j’y suis enfin, ici il n’y a qu’un grand-père assis sur le banc d’une petite placette avec une fontaine, et je me lance au hasard sur un des chemins rongeant la colline. Je sais qu’il y a un téléphérique pour arriver tout en haut mais j’ai envie de marcher. L’air est frais et chargé d’humidité, et les chemins s’alternent – parfois goudronnés parfois pavés, passant sous des ponts, longeant des pelouses tapies de feuilles mortes ou sous le couvert des arbres. Les couleurs sont belles, presque surréalistes avec toutes ces nuances de doré et de vermillon.

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J’y croise même la route d’un écureuil, mais pas de bol, j’entends des voix se rapprocher et j’essaie de me dépêcher pour le photographier. Et paf, ma photo est floue, mon écureuil s’est réfugié dans les feuillages et un couple français vient briser ma petite sphère de tranquillité. Mais c’est pas grave, la colline est belle et il me reste encore du dénivelé à conquérir.

Ma route longe les rochers de Petřín, recouverts de mousse verdâtre et surtout gravés de multiples initiales de couples passés par-là. Si j’étais tyran de ce monde, mon premier édit interdirait aux couples de graver leurs foutus initiales n’importe où.

Mais ça y est, le dénivelé semble s’assagir et je suis arrivée au sommet, du côté de la roseraie. Il y reste même quelques roses malgré le froid qui s’est installé depuis quelques semaines, et je profite des bancs libres pour m’assoir un peu et profiter du calme au milieu des fleurs.

Là-haut, il y a aussi une réplique miniature de la tour Eiffel et surtout une petite cabane à Trdelník. Ça tombe plutôt bien parce qu’il est 16 heures (l’heure universelle du goûter), je commence un peu à être glacée de l’intérieur et ne cracherais pas sur quelque chose de chaud – et en plus on peut même avoir du chocolat à l’intérieur. Il n’était clairement pas aussi bon que le premier que j’ai mangé lors de mon premier jour à Prague, mais peut-être que celui-ci avait simplement la saveur de la découverte ?

IMG_0245On peut monter en haut de la tour, mais c’est plutôt cher et j’ai lu des commentaires disant que ça n’en valait pas vraiment la peine. En revanche, il y a le Labyrinthe de miroirs juste à côté et j’ai bien envie d’y faire un tour. Mauvaise surprise en arrivant : il faut raquer 65 Kč pour pouvoir entrer (et encore, avec le tarif réduit pour les étudiants !) et à ce moment-là le doute s’installe, à ce prix-là je pourrais presque avoir deux pintes de bière avec une soupe, et je commence à regretter mon Trdelník. Tant pis, j’y vais quand même en croisant les doigts pour que ça en vaille le coup.

A peine la porte franchie, je vois un chemin qui part sur la droite et mon envolée se retrouve obstruée par un miroir. Je ricane comme une bécasse et fait demi-tour, mais le labyrinthe est en fait minuscule et je me retrouve très vite dans une salle de miroirs déformants avant la sortie. Ça me fait bien rire deux minutes mais il y a encore un duo de français qui semble retombé à l’âge des couche-culottes et je sors de là en ayant quand même un peu le seum d’avoir payé autant pour si peu. En plus pendant les dix minutes que j’ai passées à l’intérieur le ciel s’est mis à cracher sa bruine automnale, et donc je me décide à entamer la descente.

Celle-ci s’avère bien plus rapide que la montée, et en quelques minutes j’arrive à découvert au-dessus d’un verger avec une vue plutôt sympatoche sur la ville et le château. Y’a même un type qui joue de la guitare, et même si je comprends rien aux paroles parce qu’elles sont en tchèque ça me remplit de gaieté. J’ai envie de lui demander de quoi parlent ses chansons mais je suis timide et je le salue rapidement avant de m’en aller.

Je me presse un peu parce que la bruine cède petit à petit la place à la pluie et je m’accorde simplement une dernière photo des arbres colorés avant de prendre le tramway pour rentrer chez moi.

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Au final, je ne suis pas trop certaine des chemins que j’ai empruntés et je suis sûrement passée à côté de choses à voir comme les étangs à l’ouest de la colline, mais rien ne m’empêche d’y retourner quand l’envie de prendra. Et mine de rien c’était une après-midi bien sympa.

Le nouveau bâtiment du Musée National

C’est dimanche, le soleil n’est pas au rendez-vous et il fait un tantinet frisquet. Levée de bon matin, la question que je me pose est : que faire de ma journée ? Sur le mur au-dessus de mon bureau commence à fleurir une forêt de post-its me rappelant les adresses importantes, les tâches à faire et surtout les lieux à visiter – ce sont les post-its roses, de loin les plus nombreux. Mon choix se porte sur le Národní muzeum, le Musée national.

Sauf que, patatra, le bâtiment principal du musée qui se trouve en haut de la place Venceslas est fermé pour cause de rénovation jusqu’en 2018. Grosse déception, certes, mais juste à côté se trouve le nouveau bâtiment du musée national dans lequel deux expositions ont actuellement lieu.

La première, intitulée « Smrt » c’est à dire Mort (avouez que le mot en tchèque fait tout de suite plus flipper), est celle que j’ai préférée. Pas aussi morbide que le laisse entendre son nom, l’expo est vraiment très large et touche beaucoup de sujets : la vie et la mort dans le cycle de la nature, les obsèques dans différentes civilisations, les dissections et découvertes anatomiques sur l’Homme – et j’en passe d’autres.

La deuxième exposition s’appelle « Archa Noemova » soit l’Arche de Noé. Il s’agit essentiellement d’animaux empaillés classés en fonction de leur provenance. Cependant, ce qui est intéressant, c’est que grâce à l’application du musée, on peut avoir accès à des fiches beaucoup plus détaillées pour certaines espèces dans lesquels on peut même écouter des enregistrements des animaux (et oui je trouve ça super cool de pouvoir entendre un caribou avec le haut-parleur de mon téléphone).IMG_0169

Bien que les deux expositions soient très intéressantes, elles n’ont tout de même pas suffi à consoler ma peine de ne pas pouvoir visiter le vrai musée national. Mais bon, je suppose qu’il s’agit d’une bonne excuse pour retourner à Prague après 2018 ?

Compte-rendu d’une première semaine pragoise

Ce soir, cela fera sept jours que j’ai déposé le pied sur le sol tchèque. Petit récapitulatif de cette première semaine !

Mercredi 23 septembre : Arrivée en terre (quasi) inconnue. Après quelques incertitudes quant au trajet à faire pour aller de l’aéroport au centre-ville parce qu’aucun des plans de métro inclus dans les trois guides que j’ai emportés avec moi n’avaient été mis à jour – en effet la ligne A à laquelle devait me déposer le bus a sûrement été rallongée et je vous laisse imager mon petit élan d’inquiétude en voyant que le terminus n’était absolument pas celui indiqué dans les guides et n’y était même pas figuré – me voilà arrivée devant la résidence dans laquelle je vais rester jusqu’à l’été prochain. Évidemment il y a de la paperasse à signer, encore et toujours, et après m’être présentée à ma camarade de chambre c’est avec un cerveau trop fatigué pour enregistrer toute phrase en anglais que je me suis glissée dans mon lit avec une phrase en tête : oh p-tain j’y suis.

Jeudi 24 septembre : Belle journée de visite à pieds, à voir plus en détail dans l’article précédent. Et surtout : les premières courses dans un supermarché. Bah oui, ça devient toute une aventure quand on ne peut que se référer aux images sur les articles ! Cela dit, je n’ai pas pris de très gros risques pour cette première fois en prenant quasiment que des choses que je connaissais.

Vendredi 25 septembre : Rebelotte pour les courses, mais cette fois en dehors de la ville histoire de passer en coup de vent à Ikea pour acheter les quelques ustensiles manquants dans la chambre – essentiellement de la vaisselle et des couverts, et quelques trucs pour la salle de bain.

Samedi 26 septembre : Journée visite avec quatre autres étudiantes en Erasmus ! Nous sommes allées visiter le Klementinum, fondé par les Jésuites au milieu du XVIème siècle. Trois choses y sont à visiter, uniquement en visite guidée : la chapelle des glaces, la bibliothèque universitaire du XVIIIème siècle et la tour astronomique. Et franchement, ça vaut vraiment le coup rien que pour cette magnifique bibliothèque ! Les photos y étant interdites et faisant partie des personnes qui respectent ce genre de règles, celles qui se trouvent ci-dessous sont celles que l’on trouve sur le site du Klementinum.

Par contre, j’ai pu prendre quelques photos de la vue à 360 degrés du haut de la tour astronomique.

Après cette visite, on avait bien faim et ça tombait bien puisqu’avait lieu l’Asia Food Fest au bord de la Vltava.

Dimanche 27 septembre : C’est la veille de la Saint Venceslas (Václav en tchèque), fête nationale de la République Tchèque ! Saint Venceslas étant le saint patron des brasseurs et des viticulteurs, le vignoble Saint Venceslas de la Villa Richter qui se trouve au pied du château ouvrait ses portes et organisait une séance de dégustation de vins pour l’occasion – et petite parenthèse, on y a rencontré Jessica Chastain qui y faisait aussi un tour ! Après cette après-midi avec un temps plutôt frais, on est allé manger dans un restaurant en ville où j’ai pu goûter mon premier plat de cuisine tchèque – un cornichon géant, de la purée de pommes-de-terre maison et des escalopes de porc frites. Bref, ce n’était pas bien léger mais plutôt très copieux, très bon et aussi vraiment pas cher – qui s’attend à pouvoir manger dans un restau quand au même prix je n’aurais même pas eu de quoi m’acheter une piadine à Aix-en-Provence…

Lundi 28 septembre : La Saint Venceslas est un jour férié en République Tchèque, mais avec tous les touristes encore présents la plupart des lieux touristiques restent ouverts. Avec ma colloque, on a plutôt opté pour une ballade dans le centre-ville de soir, à l’occasion de laquelle j’ai pu prendre quelques photos au crépuscule de la Vltava, du haut du pont Charles.

Mardi 29 septembre : C’est la rentrée ! Enfin il reste un peu moins d’une semaine avant le début des cours, mais le bureau des relations internationales organisait une réunion d’accueil pour les étudiants étrangers de la Faculté d’Art et de Philosophie (à laquelle est rattaché entre autres le département d’Histoire). Bref, les choses se concrétisent, mais tout ça ce sera pour un prochain article.

Premier jour à Prague

Et voilà, enfin arrivée à Prague ! Durant ce périple où l’excitation se mêlait à l’appréhension, j’ai pu prendre l’avion pour la première fois – ou du moins je ne compte pas la fois où, à l’âge de quatre ans, j’ai pu prendre un vol vers Paris dont je ne me rappelle de rien en dehors du journal de Mickey offert pour le trajet. Après avoir trainé mes bagages dans le Terminal 2D de l’aéroport de Roissy, j’ai pu m’installer confortablement dans les fauteuils de la Czech Airline en attendant le décollage, mon émerveillement probablement aussi explicite que celui de ce joli poisson. En plus j’étais à côté du hublot et je voyais une aile de l’avion – oui ces simples choses-là m’ont littéralement transportée.

Mes cours n’ont toujours pas commencé, et j’ai pu donc profiter de ma première vraie journée à Prague en expérimentant le trajet entre chez moi et l’université. Et – hourra ! – j’ai pu à l’occasion passer sur la place de la Vieille-Ville encore bondée de touristes en ce début d’automne. J’en ai profité pour longer les quais jusqu’au pont Charles afin de passer sur l’autre rive de la Vltava et grimper jusqu’au château.

De là-haut, j’ai pu profiter de la vue sur la ville et notamment sur le quartier dans lequel je vis, Žižkov, bien repérable grâce à l’immense tour radio qui s’y trouve. Ensuite je suis tranquillement rentrée chez moi, toujours à pieds, en faisant une petite pause dans le parc juste au bout de ma rue, Riegrovy Sady, dans lequel j’ai eu une jolie surprise en découvrant une très belle vue sur la ville !